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    L’Art de la Résilience : gérer les risques du marché de l’art en ligne

    Ariane Roux-Pagès

    La pandémie de Covid-19 a altéré notre façon de travailler, de vivre et d’apprendre. Les modèles économiques ont été repensés et les transitions vers de nouveaux modes de travail se sont accélérées, notamment en ce qui concerne l’adoption de technologies et l’introduction de pratiques plus flexibles en matière d’emploi. Le secteur de l’art et de la joaillerie n’est pas épargné.

    Les galeries et les expositions ont été parmi les premières à fermer leurs portes dès le mois de Mars pour participer à limiter la propagation du virus. Bien qu’elles aient depuis rouvert avec des capacités d’accueil réduites, certaines prédictions pessimistes estiment que plus d’un tiers des galeries commerciales françaises mettront la clé sous la porte en raison de l’ampleur désastreuse du manque à gagner 1 et du coût initial élevé requis pour passer vers un modèle en ligne.

    Entre-temps, les institutions publiques reportent les expositions, ouvrant une billetterie limitée accessible en ligne uniquement.

    Face à la pression croissante, un fort instinct de survie s’est installé et de nombreuses organisations n’ont eu de cesse de réfléchir à des moyens d’adapter leurs modèles et de renforcer leur résilience. Dans un secteur où le regard du collectionneur s’arrête avant tout sur l’esthétique, il est primordial pour les galeries, les maisons de vente aux enchères et les marchands d’art de veiller à ce que les acheteurs potentiels puissent encore se faire une idée des pièces dans un cadre virtuel. Alors que la plupart des ventes aux enchères se déroulent dorénavant entièrement en ligne, les maisons de vente aux enchères ont cherché à enrichir l’expérience virtuelle. À titre d’exemple, Sotheby’s propose une application de réalité augmentée qui permet aux clients de visualiser une de leurs peintures chez eux. La maison prévoit que 80 % de ses ventes seront dématérialisées 2. Si la plupart des grandes foires d’art ont été annulées cette année, certains organisateurs ont opté pour un format différent. Ils ont notamment fait appel aux artistes locaux afin d’éviter de composer avec les restrictions pour le transport d’œuvres d’art à l’international et ont créé des salles de visionnage en ligne.


    Sans sous-estimer l’impact dramatique de la pandémie sur le marché de l’art, elle a joué un rôle d’accélérateur plutôt que de catalyseur dans la transition digitale de ce dernier. La scène artistique des galeries et des maisons de vente aux enchères en ligne, auparavant discrète, a connu un essor fulgurant pendant le confinement. Les maisons de vente aux enchères traditionnelles percevaient déjà un vif intérêt de la part de leurs clients pour les enchères à distance, et ce même avant le confinement. Lorsque les restrictions ont commencé à être levées en France, certains commissaires-priseurs ont combiné les enchères virtuelles avec une option de vente en personne respectant les exigences de distanciation sociale pour ceux qui préfèrent être dans la salle. Les chiffres des ventes montrent que la pandémie, loin d’avoir freiné l’activité, a au contraire redynamisé le marché de l’art haut de gamme, certaines maisons de vente aux enchères ayant enregistré des résultats financiers exceptionnels au premier semestre 2020 3. Le commerce en ligne a certainement rendu le marché plus accessible, l’ouvrant à de nouveaux acheteurs, en particulier aux jeunes générations.

    Pendant ce temps, les investisseurs se tournent vers les actifs « refuge » tels que l’art et l’or en raison de la volatilité économique. Le basculement des affaires en ligne a modifié les modèles opérationnels des acteurs du marché de l’art et de la joaillerie, créant de nouveaux risques qui appellent une réflexion plus approfondie.

    Alors que de plus en plus d’œuvres d’art et de bijoux sont achetés en ligne, le transport et l’expédition d’objets de grande valeur sont plus pris en considération par le vendeur.


    Au cours des dernières années, la présence accrue de la police et de l’armée dans les villes françaises pour prévenir les attentats terroristes a probablement contribué à réduire le nombre de vols à main armée. Mais cela peut pousser en conséquence les criminels à privilégier des vols plus discrets. Nous remarquons un regain des cambriolages à travers les murs mitoyens avec des bâtiments voisins inoccupés. De même, nous craignons que le recours accru aux livraisons par la poste et autres transporteurs en raison de la pandémie conduise les sociétés d’expédition à embaucher des employés ou du personnel temporaire en vérifiant leurs antécédents de façon moins rigoureuse, et que davantage d’articles ne se « perdent » en cours de route.

    Face à un plus grand nombre de colis et à l’augmentation de leur valeur moyenne, les vendeurs d’œuvres d’art ou d’objets précieux devraient revoir leur niveau de couverture pour s’assurer que leur assurance reflète ce risque accru.

    En parallèle, la récession, qui fait progresser le cours de l’or, entraîne une hausse de la demande de lingots et d’objets d’art. Il en va de même pour la demande de capacité de stockage sécurisé, qui appelle des limites plus élevées en chambres-fortes pour les clients commerciaux et privés. Certains clients en difficulté financière envisagent également des solutions de stockage moins coûteuses, qui ne sont pas toujours satisfaisantes. Là encore, il est essentiel que les clients, exposés à de nouveaux risques portant sur des objets de plus grande valeur, revoient leurs polices d’assurance, tant en termes de limites requises que d’exactitude au moment de répertorier leurs emplacements et leurs mesures de sécurité.

    Enfin, si l’on assiste à une mutation rapide de la manière dont l’art est acheté, vendu et transporté, il convient également de tenir compte du risque accru de perte ou de vol des données personnelles et financières des clients, le commerce se faisant en ligne. Toutes les entreprises sont concernées, quelle que soit leur taille. Les cybercriminels s’attaquent aux faiblesses des systèmes de sécurité ou incitent les gens à cliquer sur des messages conçus pour paraître légitimes. Pour les entreprises, cette situation est aggravée du fait que de nombreux employés travaillent depuis chez eux sur leurs ordinateurs personnels, lesquels ne bénéficient souvent pas du même niveau de protection technique que ceux de leur lieu de travail 4. Nous recommandons aux entreprises d’actualiser constamment leurs mesures de cybersécurité, de sensibiliser leurs employés aux risques de phishing — d’autant plus que le télétravail se généralise — et d’envisager une couverture d’assurance cyber comme protection en cas de crise.

    La nature des risques évolue rapidement — dès lors, les clients doivent avoir pleinement conscience de tout changement dans leur exposition aux risques et travailler en étroite collaboration avec leur courtier et leur assureur pour prendre des mesures préventives pertinentes afin de se prémunir des pertes et de disposer de la couverture dont ils ont besoin lorsqu’un sinistre survient.

    1 www.theartnewspaper.com/news/one-third-of-french-galleries-could-shut-before-end-of-2020-due-to-coronavirus-impact 
    2 https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/09/07/le-covid-force-le-marche-de-l-art-a-se-convertir-au-web_6051283_3234.html 
    3 https://www.lepoint.fr/arts/deconfinement-le-marche-de-l-art-fait-sa-revolution-sur-internet-18-06-2020-2380711_36.php#  
    4 https://www.beazley.com/news/2020/beazley_breach_insights_june_2020.html 

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